#3 Activation régulée et activation dérégulée : comprendre la différence
- Baptiste Quinzoni

- 2 avr.
- 3 min de lecture
Dans les articles précédents, nous avons vu que le système nerveux autonome évalue en permanence notre environnement afin d’assurer notre sécurité.
Nous avons également compris que son rôle n’est pas de nous maintenir calmes, mais de nous permettre de survivre et de nous adapter aux situations rencontrées.
Pour mieux comprendre certaines réactions de stress ou d’anxiété, il est maintenant essentiel de distinguer deux fonctionnements possibles : une activation régulée et une activation dérégulée.
Une activation au service de la survie
Le système nerveux autonome est conçu pour détecter le danger et permettre une réponse rapide.
Lorsqu’une menace réelle apparaît, le corps se mobilise immédiatement :
le rythme cardiaque augmente
la respiration s’accélère
les muscles se préparent à agir
l’attention se focalise
Cette activation est normale.
Elle permet de fuir, de se défendre, d’appeler à l’aide ou de se mettre en sécurité.
Si une personne agressive s’approche, courir, crier ou repousser constitue une réponse adaptée.
Dans ce contexte, l’activation du système nerveux est régulée.
Elle correspond à la situation présente et soutient la protection de l’organisme.
Le système fonctionne exactement comme prévu.
Quand le danger est réellement présent
Face à un danger réel, l’activation sympathique permet l’action.
Le corps mobilise temporairement de l’énergie afin d’écarter la menace.
Une fois la situation terminée, l’organisme peut progressivement diminuer cette mobilisation et retrouver un état plus stable.
Cette capacité d’adaptation constitue le fonctionnement naturel d’un système nerveux régulé.
L’activation n’est donc pas le problème.
Elle est une solution biologique.
Le rôle de la neuroception
Comme nous l’avons vu dans le premier article, cette détection du danger repose sur la neuroception : un processus automatique par lequel le système nerveux évalue en permanence les signaux de sécurité ou de menace.
Cette évaluation ne passe pas par la réflexion consciente.
Le corps réagit avant que nous ayons le temps d’analyser la situation.
La plupart du temps, ce mécanisme nous protège efficacement.
Quand la neuroception se décalibre
Cependant, le système nerveux apprend à partir des expériences vécues.
Certaines expériences marquées par la peur, l’insécurité, l’impuissance ou l’humiliation peuvent modifier la manière dont le danger est détecté.
Le système devient alors plus vigilant.
Il cherche à anticiper pour éviter que la souffrance ne se reproduise.
Dans ces conditions, des situations actuelles peuvent être perçues comme menaçantes alors qu’aucun danger réel n’est présent :
un désaccord
un regard
une critique
une situation relationnelle incertaine
Le corps peut alors déclencher une réponse de survie comparable à celle activée face à un danger réel.
C’est à ce moment que l’on parle d’activation dérégulée.
La dérégulation : une protection devenue excessive
La dérégulation ne signifie pas que le système nerveux fonctionne mal.
Elle signifie que la détection du danger s’est ajustée à partir d’expériences passées.
Le système continue de chercher à protéger l’individu, mais à partir d’une perception devenue trop sensible ou trop prudente.
Autrement dit, le mécanisme de survie reste actif, même lorsque la situation actuelle ne l’exige pas.
La réaction a du sens.
Elle n’est simplement plus adaptée au contexte présent.
Comprendre plutôt que lutter contre ses réactions
Beaucoup de personnes tentent alors de contrôler leurs réactions corporelles.
Se raisonner.
Se forcer à se calmer.
Chercher à ne plus ressentir.
Or le système nerveux autonome ne répond pas à la volonté directe.
Comprendre que ces réactions correspondent à une tentative de protection permet souvent de diminuer la culpabilité et l’incompréhension.
La question change alors :
Au lieu de se demander :
« Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? »
il devient possible de se demander :
« De quoi mon système nerveux essaie-t-il de me protéger ? »
Une étape vers plus de souplesse
Identifier la différence entre activation régulée et activation dérégulée constitue une étape essentielle.
Cela permet de comprendre que le problème ne vient pas de l’existence des réactions, mais de la manière dont le danger est perçu.
Cette compréhension ouvre la voie à un travail progressif visant à aider le système nerveux à réévaluer certaines situations et à retrouver davantage de souplesse.
En thérapie, ce travail consiste souvent à revisiter, avec sécurité et à son rythme, certaines expériences passées afin que le système nerveux puisse progressivement différencier le présent de ce qui appartenait autrefois au danger.
Lorsque cette perception évolue, certaines situations cessent peu à peu d’être vécues comme menaçantes, et l’activation corporelle peut naturellement diminuer.
Dans le prochain article, nous découvrirons les trois grands états du système nerveux décrits par la théorie polyvagale, afin de mieux comprendre comment ces réponses de survie s’organisent concrètement dans notre expérience quotidienne.
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